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Les chimpanzés des Monts de la Lune

Le 18 octobre 2015 - Sandrine Esquirol-Paquerot

Une aventure humaine, scientifique et photographique exceptionnelle. Dans cet ouvrage, le lecteur peut découvrir avec quelle patience Sabrina Krief, vétérinaire et primatologue au Muséum national d’Histoire naturelle, étudie au quotidien les chimpanzés sauvages.

Ce livre est un formidable témoignage scientifique qui permet de découvrir le mode de vie des chimpanzés, mais également leurs maladies et tout particulièrement la façon dont ils se soignent.
Des clichés exceptionnels de Jean-Michel, photographe des chimpanzés saisis sur le vif dans leur milieu naturel, ponctuent agréablement le récit. Cependant, ces scènes, qui sont particulièrement difficiles à immortaliser, pourraient bientôt appartenir au passé, dans la mesure où la survie des chimpanzés, comme celle de tous les autres grands singes, est menacée à court terme par les activités humaines. Une perspective que ne peuvent accepter Sabrina et Jean-Michel qui œuvrent pour qu’hommes et grands singes cohabitent en paix et de façon durable.

[**Un formidable outil pour aborder la notion de préservation de la biodiversité, mais également pour mener une réflexion sur la nécessité, pour l’Homme, d’apprendre à mieux respecter les espèces avec lesquelles il cohabite.*]

[*Au sommaire :*]

  • Préface par Nicolas Hulot
  • Prélude d’un itinéraire africain
  • Les Orpphelins de Conkouati
  • La coexistence Chimpanzés-Hommes : une utopie ?
  • Epilogue
  • Pour en savoir plus.

Auteurs : Sabrina et Jean-Michel Krief

Editeur : Belin

Collection : Hors collection

Nombre de pages : 262

Date de parution : Octobre 2014

Pour consulter le site de l’éditeur, cliquez ici.

[( Extrait
PRÉLUDE
D’UN ITINÉRAIRE AFRICAIN

PREMIERS PAS EN AFRIQUE, PROMESSES ET DÉSILLUSIONS
Juillet-Août 1993

Nous sommes encore étudiants. Chaque matin, pour financer le voyage de nos rêves qui nous permettra d’observer la grande faune africaine, Jean-Michel, en première année de médecine, nettoie les vitres et passe la cireuse dans le magasin Gucci, rue Royale. L’après-midi, il enfile un costume pour devenir chauffeur-livreur de la marque. Les soirs de semaine, il livre des médicaments. Pendant ce temps, j’ai délaissé pour l’été les amphis de l’École vétérinaire et enregistre, inlassablement, des flux financiers, actions et obligations, dans les fichiers informatiques de la Caisse des dépôts et consignations. Un mois plus tard, nous voilà enfin, à tout juste vingt ans, embarqués pour le Kenya.
Destination longuement préparée... à feuilleter fébrilement des catalogues de voyages ! Nous nous imaginons de longues heures à l’affût, traquant les félins et suivant les éléphants dans la poussière des pistes. Nos rêves glissent rapidement vers la désillusion. Comme ce matin-là, dans le Masai Mara... À peine montés dans notre minibus, alors que le soleil se lève sur la grande plaine, Ringo, le chauffeur, alerté par talkie-walkie, se rend directement sur un site repéré par des collègues. Pas le temps de contempler le paysage et de chercher entre les hautes herbes le dos ondulant d’une lionne. Après quelques minutes face à un léopard, des lionnes ou un guépard selon les jours, nous devons laisser la place : une bonne demi-douzaine de véhicules converge déjà vers le point de rendez-vous avec « le fauve », transmis à tous les chauffeurs. Et nous partons vers le prochain « spot » : carcasse avec vautours et hyènes, troupeau d’éléphants, « piscine à hippos »...
À notre grand désarroi, dans notre minibus, certains touristes semblent fort satisfaits et cochent sur leur livre les animaux vus. D’autres, face à un majestueux troupeau d’éléphants avec pour toile de fond l’impressionnant Kilimandjaro, se rassoient, ronchonnant sur la poussière qui leur salit les pieds ou replongeant leur nez dans la « lunch box » distribuée avant le départ. Sous la chaleur torride, les chauffeurs n’hésitent pas à positionner leur véhicule dos à un petit bosquet. Le moteur ronfle et diffuse entre les branchages des gaz d’échappement qui ont pour mission d’extirper les félins de leur sieste et les déloger de leur cache.
Quelle frustration ! Quelle déception ! Pourtant... cette terre d’Afrique de l’Est nous fascine. Dès notre retour en France, nous nous promettons de reprendre nos petits boulots pour repartir l’année suivante et vivre pleinement chaque instant en harmonie avec cette nature.

PREMIERS CONTACTS AVEC LA FAUNE SAUVAGE AFRICAINE
Août 1994

Retour en Afrique. Un ami et deux photographes, baroudeurs spécialistes du Kenya, nous proposent de partager leur connaissance des parcs kenyans sans aucune contrepartie financière. Une aubaine, d’autant que la photo est une de nos activités favorites. Nous voici donc en route pour une épopée en camping sauvage au coeur des parcs. Nos premières nuits africaines nous offrent leur lot de frissons.
A Nakuru, nous plantons nos tentes dans le jardin des gardes du parc, non loin du magnifique lac dont les berges sont teintées de rose par des milliers de flamants. L’obscurité venue, les feulements des léopards nous tiennent en alerte. Juste avant le coucher ; ces gardes nous racontent que, quelques jours plus tôt, l’un des leurs a perdu une jambe, attaqué par un de ces félins. La veille, un petit phacochère avait été mis en pièces sous nos yeux par un puissant mâle... Il ne m’en fallut pas davantage pour rêver d’un lion frappant à ma porte, m’assurant d’être végétarien. Ne le croyant évidemment pas, mon sommeil fut agité. Dans le potager d’un lodge du Masai Mara, où nous avons obtenu la permission de camper, nous découvrons assez rapidement que les hippopotames affectionnent particulièrement les berges de la rivière dès que la nuit tombe. Chaque soin nous entendons leurs énormes mâchoires broyer l’herbe, le long de nos minuscules tentes, alors que les hyènes ricanent à quelques dizaines de mètres de nous. Avec nos sacs de voyage, nous formons des sortes de remparts autour de nos deux duvets serrés au milieu de la tente, les grosses bêtes, maladroites, se prenant parfois les pieds dans les piquets, faisant trembler la toile. Un soir ; alors que nous rentrons à pied de notre dîner au lodge, à la lueur des torches, notre petit campement nous semble étrange. Une nouvelle tente se dresse au loin. Soudain, la forme bombée et sombre s’agite et se déplace vers nous. Un éléphant fait bombance dans le potager et ne souhaite visiblement pas que nous interrompions son dîner Sa charge, toutes oreilles déployées, est tout à fait claire sur son intention de rester seul dans le jardin. Il nous faut vite faire demi-tour et attendre une bonne partie de la nuit dans les toilettes qu’il termine de se repaître des crudités dérobées aux jardiniers...)]